L’Association Nationale des Visiteurs de Personnes sous main de justice (ANVP) a tenu le 30 mai dernier son congrès à la Cité Universitaire Internationale de Paris sur le thème de l’écoute.
Une quinzaine d’intervenants ont participé à des tables rondes explorant les pratiques d’écoute sous différents angles, en commençant par l’écoute des victimes. Les visiteuses et visiteurs rencontrent des auteurs de crimes ou de délits. Ils ne cherchent pas savoir ce qu’ils ont commis, et restent simplement à l’écoute des récits que ceux-ci souhaitent, ou non, faire entendre. Mais ils sont conscients que des victimes existent en arrière-plan. Parfois se joue un effet de miroir : les auteurs d’aujourd’hui ont parfois subi des violences quand ils étaient enfants. La plupart de ceux qui peuplent les prisons ont subi dans l’enfance des traumatismes ou des carences graves.
On ne nait pas une kalachnikov dans les mains, a-t-on entendu pendant le congrès. Nul n’est un monstre, même s’il a commis des actes monstrueux. C’est là que se joue l’écoute. En communication non-violence, on se concentre sur ce qui est vivant ici et maintenant dans la personne qui est en face de soi. Pourquoi éprouve-t-elle le besoin de raconter ceci ou cela en ce moment ? On se concentre sur la personne, pas sur le récit.
La création dans plusieurs prisons de quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), dans lesquels les détenus jugés les plus dangereux sont isolés les uns des autres et voient leurs relations avec l’extérieur strictement limitées, pose une question éthique. Que vont devenir les personnes ainsi séparées ? Pourront-elles revenir sereinement dans la société ? Ou cherche-t-on à les briser ? Le rôle des visiteurs dans ces quartiers sera crucial.
Qu’est-ce qui distingue l’écoute par un visiteur de l’écoute par un professionnel, surveillant, conseiller pénitentiaire ou psychiatre ? C’est l’existence ou non d’un enjeu. Le professionnel écoute pour résoudre un problème, concevoir et mettre en place des solutions. La visiteuse ou le visiteur n’a pas d’autre objectif que de créer du lien.
Le congrès s’est déroulé pendant la période de canicule exceptionnelle de ce mois de mai 2026. Dans les prisons françaises, des détenus se sont trouvés entassés à trois dans neuf mètres carrés sans aération. La température a parfois atteint 50°C. La prison rend les gens plus énervés, a dit un intervenant ; elle fabrique de la récidive…
La nécessité de préparer la sortie d’un prisonnier bien avant la libération a été soulignée. Cette préparation inclut le logement, la continuité des soins, l’accès à l’emploi, l’accès aux droits sociaux, les liens sociaux. Le logement, a dit un intervenant, est la condition première d’un retour réussi à la vie libre : si on n’a pas un lieu à soi pour habiter, dit un intervenant, on ne peut pas se réinsérer.
Enfin la parole d’un visiteur accompagnant en milieu ouvert : nous les visiteurs, on s’éclate, on aime ce qu’on fait !