Fiers de voter

 

Photo "The Guardian"

Voter à Londres pour l’élection présidentielle française constitue une épreuve. Mais c’est un témoignage vivant du prix que les citoyens attachent à l’exercice de la démocratie.

 Après le fiasco de 2005 – de nombreux électeurs n’avaient pu exercer leur droit de vote à cause d’une organisation insuffisante – un second groupe de bureaux de vote a été installé au nouveau collège bilingue de Kentish Town, en plus du site habituel du Lycée Charles de Gaulle de South Kensington.

 Nous y arrivons vers midi. Une queue s’est déjà formée à l’extérieur de l’établissement. Dans la cour de récréation, un parcours a été aménagé entre des rubans fixés à des chaises de plastique. Il y a là des centaines de personnes qui avancent pas à pas, beaucoup de jeunes parents accompagnés de bébés ou de gamins, des personnes âgées, des personnes d’allure prolétarienne, d’autres plus chic. Des conversations se nouent dans la file, invariablement amorcées par l’averse qui menace et l’inconfort de l’attente, et se poursuivant ensuite par des échanges sur la condition d’expatrié à Londres ou les mérites comparés de l’enseignement dans le système français et anglais.

 Après une heure et demie, le serpent humain débouche finalement au nirvana : les salles où ont été installés les registres, les isoloirs et les urnes. On oublie le temps perdu à piétiner et on se trouve fier d’avoir mérité un droit précieux : celui de choisir son président.

Volcans islandais, électricité britannique

Dans The Guardian du 12 avril, Damian Carrington explique les plans britanniques pour importer de l’électricité dans les années à venir par des câbles sous-marins. Parmi ces projets, celui d’importer de l’électricité produite par géothermie en Islande.

 Le ministre britannique de l’énergie, Charles Hendry, va visiter l’Islande en mai pour négocier la construction d’un câble sous-marin de 1000 à 1500 km, le plus long au monde, pour approvisionner la Grande Bretagne en électricité produite en utilisant la chaleur des volcans.

 Trois câbles sous-marins existent déjà. Depuis 1986, un câble achemine du courant électrique d’origine nucléaire depuis la France. Un câble avec les Pays-Bas est dédié à l’électricité éolienne, et bientôt deux avec l’Irlande. De considérables investissements vont être consentis pour importer de l’électricité « verte » dans les prochaines années : avec l’Espagne (projet Desertec d’énergie solaire), avec l’Islande, l’Irlande et les Pays-Bas, déjà mentionnés, et avec la Norvège. Dans ce dernier pays, l’énergie éolienne sera utilisée pour alimenter des pompes qui transporteront l’eau de fjords dans des réservoirs situés au-dessus du niveau de la mer ; lorsque le besoin de courant se fera sentir, on produira de l’électricité hydroélectrique à partir de ces réservoirs.

 A l’horizon d’une quinzaine d’années, la Grande Bretagne sera reliée à l’Europe par une douzaine de « connecteurs » sous-marins, qui lui permettront d’importer de l’énergie, mais aussi d’en vendre lorsque ses turbines éoliennes fonctionneront à plein régime. « Transhumances » avait déjà souligné l’incroyable et inavoué abandon de souveraineté par la Grande Bretagne lors de l’accord qui consacrait, il y a deux ans, la coopération avec la France dans le domaine de la force de frappe. Il faut bien constater que c’est à un impressionnant acte de foi européen que se livre la Grande Bretagne dans le domaine stratégique de l’approvisionnement en énergie. Le pays, qui a une longue histoire d’autosuffisance électrique, se connecte à un super-réseau européen et devient dépendante de son bon fonctionnement et de sa continuité.

Centrale géothermique en Islande, Photo The Guardian

Cloclo

Cloclo, le film biographique de Claude François par Florent-Emilio Siri, donne une image contrasté d’un artiste qui a marqué mes années d’adolescence et de jeunesse.

 Claude François (1939 – 1978), magistralement interprété par  Jérémie Rénier, a toujours eu des comptes à régler : avec son père, Aimé François (Marc Barbé), cadre supérieur de la Compagnie du Canal de Suez, homme autoritaire décidé à obliger Claude à renoncer à la vie de saltimbanque, puis homme humilié et brisé par l’exil à Monaco après la nationalisation du Canal par Nasser ; avec sa mère Chouffa (Monica Scattini), flambeuse accroc au tapis vert et au poker. Devenu riche, Claude deviendra comme son père le rêvait un homme d’affaires au style dictatorial, patron de presse et propriétaire d’une agence de mannequins ; comme sa mère, il dépensera sans compter jusqu’au bord de la faillite. Il mènera sa vie à cent à l’heure, hanté par ces personnages formidables, attentif au moindre détail jusqu’à l’obsession comme pour se rassurer dans la perfection, et parfois pris de crises d’angoisse. Florent-Emilio Siri nous dépeint un homme grisé par le succès et capable d’en jouir, mais aussi incapable de vraiment aimer, constamment jaloux de ses partenaires, incapable d’aimer vraiment une femme.

 Il y a de belles scènes dans ce film. Claude rompt avec France Gall, coupable pour lui d’avoir remporté le grand prix de l’Eurovision et de lui faire de l’ombre. France tambourine à sa porte, mais en vain. Au petit matin, il la découvre endormie, couchée à sa porte. Il la porte dans ses bras jusque dans la chambre.

 Alors que Claude est dans une frénésie de concerts, Paul Lederman (Benoît Magimel), son imprésario, lui conseille de se réinventer pour éviter le risque de devenir démodé. Claude va avec France Gall à New York, et en ramène l’idée des Claudettes : pour la première fois, la télévision française montrera une danseuse noire.

 Claude est au bord de la piscine de son moulin avec son équipe. Sous le choc de sa séparation d’avec France et à partir de quelques notes enregistrées, contemplant les nuages, il compose « Comme d’habitude ».

 Claude est au milieu des invités lors d’une réception au moulin. Il aperçoit à une fenêtre Marc, son second petit garçon, celui qu’il a voulu cacher pour le protéger des ravages de la notoriété. Il fend la foule des invités pour le rejoindre et passer un moment d’intimité avec lui.

 Cloclo n’est pas un grand film. Mais il fait écho à des émotions communes à toute ma génération et il présente un homme hors du commun dans toute sa complexité.

 Photo du film Cloclo.

Maubuisson, le lac en avril

Lac de Carcans Hourtin non loin de La Gracieuse

En avril, le lac de Carcans Hourtin inspire la quiétude. Nous laissons les bicyclettes en bordure de la piste, aujourd’hui malheureusement défoncée, qui mène de la base de Bombannes à la pointe de la Gracieuse, sur la rive ouest du lac.

 L’étroite bande de sable blanc en bordure de l’eau est exposée au soleil et protégée du vent par la dune et la forêt. Le ciel et la pinède se reflètent à la surface, doucement striée de roseaux. En cette fin d’après-midi, un rayon de soleil nous réchauffe encore.

 C’est un moment de pur bonheur.

 

Jeune pousse surla rive du lac de Carcans Hourtin