291.000 britanniques nés en 2012 vivront centenaires

Dans The Guardian du 27 mars, Sam Jones et Maev Kennedy ont signé un article intitulé « plus d’un tiers des bébés nés aujourd’hui seront centenaires ».

 Les journalistes se réfèrent à des chiffres publiés par l’office britannique de la statistique : 35% des 826.000 personnes nées en Grande Bretagne en 2012 vivront jusqu’à devenir centenaires.

 « Dans son dernier rapport, intitulé « Quelles sont les chances de survivre jusqu’à l’âge de 100ans ? », l’office examine la naissance de 423.000 garçons et 403.000 filles cette année. Il estime que 135.000 garçons et 156.000 filles devraient être encore vivants en 2112 : plus d’un tiers de leur classe d’âge !

 Il y avait 500 centenaires femmes et 92 hommes en 1961. En 2010, il y avait plus de  10.000 centenaires femmes et un peu moins de 2.000 hommes. Leur nombre devrait croître de manière exponentielle.

 David Sinclair, Chef des politiques et de la recherche au Centre britannique de la longévité, dit « bien sûr, c’est une bonne nouvelle que tant de personnes vivent plus longtemps. Mais il y a un grand mais. Sous beaucoup d’aspects, les centenaires d’aujourd’hui ne sont pas représentatifs. Ce sont des gens qui ont échappé au cancer, aux crises cardiaques et aux attaques cérébrales, de sorte qu’ils se trouvent être en meilleure santé que beaucoup de gens plus jeunes qu’eux. Maintenant que nous réussissons de plus en plus à maintenir les gens en vie, ce ne sera plus le cas. Nous serons plus vieux, en plus mauvaise santé et nous courrons le risque de vivre seuls dans de mauvaises conditions ».

 Photo The Guardian : une maman et son jeune garçon sur la plage de Bluth dans le Northumberland un jour d’été précoce en mars 2012.

Porsche ouvre au Nigéria

Dans The Guardian du 24 mars intitulé « plein gaz pour les super-riches africains » (Full speed ahead for Africa’s super-rich), Monika Mark enquête sur les super-riches en Afrique, et en particulier au Nigéria.

 Porsche vient d’ouvrir à Lagos son second show-room en Afrique, le premier étant en Afrique du Sud. Une autre ouverture est programmée à Luanda en Angola, qui est classée la ville la plus coûteuse au monde.

 « Environ 200 Nigérians possèdent ces voitures de luxe, qui peuvent coûter jusqu’à 180.000 dollars, dit le directeur de Porsche au Nigéria. Le 4×4 Cayenne est de loin le modèle le plus populaire d’importation en Afrique, approprié à l’état des routes qui reste mauvais. Au Nigéria, il y a des plans pour un circuit Porsche et un club Porsche où les gens puissent se rassembler et aller conduire ensemble ».

 Un entrepreneur d’Abuja au Nigéria est fier de posséder une Bentley, une Porsche et une Ferrari, mais constate que les gens ne voyagent plus par la route mais prennent l’avion, de sorte que la Ferrari n’a pas parcouru plus de 500 miles en trois ans.

 Monica Mark relève que les super-riches n’appartiennent plus au seul monde politique : la forte croissance économique a généré des richesses considérables, captées par une minorité.

 Illustration : Porsche Cayenne Turbo, prix catalogue en France €122.433.

Les Raisins de la Colère

La montée de la grande pauvreté aux Etats-Unis m’a donné envie de lire « Les Raisins de la Colère » de John Steinbeck (1938).

 Au début, il y a un désastre écologique. La monoculture extensive dans les plaines de l’Oklahoma provoque la sécheresse et des tempêtes de sable qui conduisent les petits agriculteurs à la faillite et à l’expropriation par les banques. Une armée de dépossédés prend la route vers la Californie et son Eldorado.

 « Le conducteur (du tracteur) était assis sur son siège de fer et était fier des lignes droites qu’il ne voulait pas, fier du tracteur qu’il ne possédait et n’aimait pas, fier de la puissance qu’il ne pouvait contrôler(…) Les hommes mangeaient ce qu’ils n’avaient pas fait pousser, n’avaient pas de connexion avec le pain. La terre portait du fruit sous le fer, et sous le fer elle mourait progressivement ; parce qu’elle n’était ni aimée ni haïe, parce qu’il n’y avait ni prière ni malédiction ».

 La famille Joad s’entasse dans un vieux camion. Il ya a là trois générations : Tom Joad Senior et son épouse (« Ma »), et John, le frère de Tom ; leurs enfants, trois jeunes hommes, une jeune fille enceinte et deux petits ; et deux anciens. Le mari de Rosasharn, la jeune fille enceinte, fait aussi partie du voyage. Jim Casy, un ancien prédicateur, s’est intégré à la famille : il est décidé à changer de vie et à partager la vie des gens au lieu de prétendre les enseigner.

 Le paradis californien s’avère être un enfer. La terre a été appropriée par de grands propriétaires et n’est pas disponible pour les nouveaux arrivants. La saison de la cueillette des fruits et du coton ne dure que quelques jours et les salaires sont inférieurs au minimum de subsistance. Les immigrants sont en butte à l’hostilité de la population locale et à la répression féroce de sa police.

 Les Joad auront dans leur tribulation une parenthèse de répit, pendant les quelques semaines qu’ils passeront dans un camp du gouvernement fédéral. Ils y trouvent une véritable communauté dont les membres vivent dignement et s’autogèrent. Mais il faut d’urgence trouver du travail et quitter ce lieu de miséricorde.

 Au fil des mois, la famille Joad s’effiloche. Les anciens sont morts pendant le voyage ; Noah, l’un des fils, et Connie, le mari de Rosasharn, se sont esquivés ; Jim Casey est devenu l’organisateur d’un piquet de grève.

 Dans les derniers chapitres du livre, Tom, le fils ainé, tue le membre de la milice qui vient d’assassiner Casy. Il prend le maquis et décide, comme Casy, de passer du « je » du destin individuel au « nous » de la révolte collective. Ce qui reste de la famille Joad est confronté à une inondation qui les empêche de se déplacer à la recherche d’un travail et les laisse transis et sans ressource. Rosasharn accouche d’un enfant mort-né. Dans un geste d’incroyable et peut-être ultime solidarité, elle donne le sein à un homme mourant de faim.

 L’écriture du libre est remarquable, alternant le récit des tribulations de la famille Joad, avec laquelle le lecteur construit une forte relation émotionnelle, et des chapitres qui apportent une vue plus générale de la situation des immigrants, imprégnée de poésie, de colère et d’admiration pour la résilience de ces gens qui ne renoncent pas à leur dignité et à leur rêve d’avoir un jour leur maison à eux.

 La religion joue un rôle fondamental dans Les Raisins de la Colère. Le titre du livre est tiré de la Bible. L’oncle John est écrasé et paralysé par la culpabilité pour ce qu’il croit être son péché. Le prédicateur Casey finit par penser que le péché n’est autre que l’idée que les gens s’en font et qu’une vie juste consiste simplement à partager les joies et les tourments d’autres humains et à se lever à leurs côtés contre l’injustice.

 Au fil de la tribulation des Joad, le pouvoir passe insensiblement des mains du père de famille à celles de ses fils, Al le mécanicien, et Tom le leader né. Mais plus profondément, la survie de la famille est entre les mains de « Ma », la mère de famille. « L’homme vit par saccades – dit « Ma ». Un bébé est né et un homme est mort et c’est une saccade – il acquiert une ferme et perd sa ferme – et c’est une saccade. La femme, elle est un flux continu, comme un courant, petits rapides, petites chutes d’eau – mais la rivière, elle continue imperturbable. C’est ainsi que la femme voit les choses. Nous n’allons pas mourir. Les gens vont de l’avant – en changeant un peu, peut-être – mais ils vont de l’avant ».

 Les Raisins de la Colère est un roman bouleversant. Ecrit avant la seconde guerre mondiale, il aborde des thèmes encore d’actualité aujourd’hui : la grande misère et la grande espérance des migrants, l’injustice du système économique sous la dictature de la finance, les désastres environnementaux, le pouvoir des femmes, l’indignation collective, l’émergence d’une conscience post-religieuse.

 Affiche du film « Les Raisins de la Colère », 1940

Joan Baez en concert

Nous avons assisté à Oxford à l’un des concerts de la tournée européenne de Joan Baez.

 Le New Theatre d’Oxford joue ce soir à guichets fermés. La majorité de l’assistance avait quinze ans dans les années soixante dix quand la jeune chanteuse donnait une voix à la protestation contre la guerre du Vietnam. La voix de Joan Baez les a accompagnés quand ils sont devenus adultes ; ils la retrouvent inchangée au seuil de la vieillesse. Joan Baez a chanté pour Solidarność, pour Sarajevo, pour Bagdad et maintenant pour Occupy Wall Street.

 Le tour de chant dure deux heures. Joan s’accompagne elle-même à la guitare. Deux musiciens partagent avec elle la scène, un percussionniste et un multi-instrumentiste qui passe du banjo au clavier et à l’accordéon. Les chansons interprétées par Joan Baez sont enracinées dans une profonde foi religieuse et dans la protestation sociale. Ce qui les rend exaltantes, c’est la pureté cristalline d’une voix qui transporte l’auditeur d’ici-bas au royaume de l’esprit et du souffle : « the answer my friend is in the wind »…

 Parmi les chansons qui m’ont le plus marqué au cours de cette soirée, je citerais God is God de Steve Earle, la ballade de Marie Madeleine de Richard Shindell, le fameux « God on our side » de Bob Dylan et Gracias a la Vida, un formidable hymne à la vie.

 Photo The Guardian : Joan Baez en concert.