Art Nouveau à Nancy

Le Musée de l’Ecole de Nancy est tout entier consacré à l’Art Nouveau dans une variété de disciplines : ébénisterie, céramique, luminaire, verrerie, vitrail.

 Nous avions été enthousiasmés par la visite du Musée Horta à Bruxelles. La maison d’Eugène Corbin à Nancy offre les mêmes émotions. Elle nous transporte au tournant des dix-neuvième et vingtième siècles. Dans la ligne des précurseurs britanniques John Ruskin et William Morris, des artistes nancéens s’inspirèrent de la nature. Leur mobilier, leurs vitraux, leurs céramiques sont habités d’arbres, de fleurs, d’oiseaux. Les lignes sont féminines, toutes en courbes, sans rupture ni aspérité. C’est un art total, débordant de vitalité, de couleurs, de chaleur.

 Les artistes de l’Ecole de Nancy sont nés pour la plupart vers 1850 : l’ébéniste Eugène Vallin qui, comme les préraphaélites anglais, avait commencé sa carrière dans le style gothique ; le maître verrier, ébéniste et céramiste Emile Gallé ; l’artiste décorateur et ébéniste Louis Majorelle ; le décorateur et peintre verrier Jacques Gruber. Gallé, Majorelle et les frères Daum ne furent pas seulement des créateurs. Comme William Morris avant eux, ils furent des industriels talentueux.

 Les Galeries Poirel de Nancy consacrent une exposition temporaire à « Jacques Gruber et l’Art Nouveau, un parcours décoratif ». On y découvre le génie multiforme de cet artiste qui trouva sa voie dans l’art du vitrail au moment de l’éclosion de l’Art Nouveau et évolua vers un style toujours coloré mais plus abstrait.

 Il y a quelque chose de fascinant et envoûtant dans l’Art Nouveau. Rien ne choque. Tout enveloppe, protège, caresse. Dans les moments de doute, c’est un réconfort.

 Photo « transhumances » : vitrail de Jacques Gruber au Musée de l’Ecole de Nancy.

Génocide Arménien ?

L’auteur de « transhumances » encourt-il les peines de 5 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende pour avoir osé inscrire un point d’interrogation derrière « génocide arménien » ?

 Rappelons le contenu de la loi votée le 23 janvier par le Parlement français. Cette loi modifie la loi de 1881 sur la liberté de la presse et restreint cette liberté. Bien que ses instigateurs eussent en tête le « génocide arménien », contesté par le gouvernement turc, elle vise à réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi, sans se prononcer sur la qualification des crimes de guerre commis en Anatolie en 1915.

 Selon le code pénal, « constitue un génocide le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction partielle ou totale d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de ce groupe, l’un des actes suivants : atteinte volontaire à la vie ; atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ; soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ; mesures visant à entraver les naissances ; transfert forcé d’enfants. Le génocide est puni de la réclusion criminelle à perpétuité ».

 La nouvelle loi punit ceux qui ont contesté ou minimisé de façon outrancière l’existence d’un ou plusieurs crimes de génocide. Les peines sont les mêmes que celles infligées à ceux qui, dans les médias, auront provoqué directement des actes de terrorisme ou en auront fait l’apologie : 5 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

 La loi reconnait aussi aux associations qui se proposent par leurs statuts de défendre les intérêts moraux et l’honneur de toute victime de crimes de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de crimes ou délits de collaboration avec l’ennemi, le droit de se porter partie civile.

 Mise à part la crise diplomatique majeure que l’initiative malheureuse de députés de gauche et de droite a provoquée avec la Turquie, la loi va s’avérer inapplicable. Qui va décider de la liste des génocides ? On n’ose pas imaginer qu’elle soit dressée par décret ministériel. Elle sera sans doute laissée à l’appréciation des juges. Mais auront-ils la qualification pour discerner avec toute l’objectivité possible ce qui s’est passé en 1915 sur un champ de bataille opposant l’Empire Ottoman à la Russie et ses alliés arméniens ? L’existence de crimes de guerre est indéniable ; y a-t-il eu pour autant un plan systématique de destruction d’une nation, caractéristique du « génocide » ?

 Va-t-on inculper les éditeurs d’un site Internet basé hors de France pour dénégation du « génocide arménien » ? Va-t-on interpeller des journalistes ou des officiels turcs lors de leur passage en France ?

 Je ne suis pas seul à considérer cette loi comme nocive. Dans un sondage publié le 24 janvier, l’édition électronique du Monde demandait à ses lecteurs si elle était le signe de la grandeur de la France, d’une faute de la France ou bien ni de l’un ni de l’autre. 53% des sondés considéraient qu’il s’agissait d’une faute, 19% seulement d’un signe de grandeur et 21% ni l’un ni l’autre.

 « Transhumances » a souvent relevé la tendance de certains milieux en France à avoir une vision hexagonale de la réalité du monde au point de se poser en donneurs de leçons. La loi sur la répression de la contestation des génocides pousse ce nombrilisme jusqu’à l’absurde. Puissent les réactions d’autres peuples, pas seulement de Turquie, nous ouvrir les yeux.

 Photo « Le Monde » : Patrick Ollier, Ministre des Relations avec le Parlement, lors du débat final de la loi à l’Assemblée Nationale.

En passant par la Lorraine

Des Lorrains passionnés nous ont transmis, l’espace d’un week-end, l’amour de leur région.

 La famille de Ludovic, le compagnon de notre fille Florence, nous a fait découvrir avec passion sa région, entre Nancy, Toul et Commercy. « Nancy en hiver » chantait Joe Dassin dans « le café des trois colombes ». C’est le même contraste entre la chaleur d’un moment de découverte partagée et la froide obscurité d’un week-end de janvier que nous avons vécu, et nous nous trouvons déjà imprégnés de la nostalgie de la chanson de Dassin.

 Emerveillement de l’Art Nouveau, au Musée de l’Ecole de Nancy, et aussi pour le somptueux décor de la brasserie Excelsior et le mobilier de la « Pharmacie Art Nouveau » de Commercy.

 Splendeur de l’architecture classique du dix-huitième siècle, celle de la place Stanislas, et aussi du château de Commercy, construit sur les fondations d’une forteresse en aplomb d’un canal.

 Rencontre des cultures à la basilique Saint Nicolas de Port qui conserve les reliques d’un saint né dans l’actuelle Turquie et reçoit des pèlerinages orthodoxes. La construction, de style gothique tardif, est faite d’une belle pierre blanche. A la croisée du transept, une colonne est droite, mais la colonne symétrique est torsadée : peut-être un symbole de la distance entre occident et orient ?

 Délices de la liqueur de mirabelle, des macarons de Nancy et des madeleines de Commercy.

 Plaisir de découvrir une région guidés par ceux qui l’habitent et qui l’aiment.

 Photo « transhumances » : la Place Stanislas à Nancy.

George Harrison, vivre dans le monde matériel

Le film de Martin Scorsese, « George Harrison, living in the material world », a été réalisé en 2011, dix ans après la disparition du chanteur. Il nous décrit le parcours d’une personnalité forte et attachante.

 L’affiche du film (diffusé en deux DVD) nous montre le visage de George Harrison émergeant d’une surface liquide sereine, nous fixant d’un regard énigmatique. L’image est bien choisie : elle situe George entre deux mondes, l’eau et l’air étant une allégorie du matériel et du spirituel. Imprégné de spiritualité indienne, Harrison était convaincu que le corps n’est que l’enveloppe provisoire de l’âme. Son épouse, Olivia Harrison, raconte dans le film combien George avait été choqué par l’assassinat de John Lennon, non seulement parce qu’il perdait un ami cher mais aussi parce que celui-ci n’avait pas eu la chance de vivre consciemment ce passage qu’est la mort. George, dit Olivia, s’était entraîné toute sa vie en prévision de ce moment.

 Le film fut projeté en avant première à la Foundation for Art and Creative Technology de Liverpool, et c’est justice. Harrison et les Beatles sont nés à Liverpool, et ils sont traversés par l’énergie de cette ville anglaise et irlandaise, ouverte sur l’Océan, abîmée par la guerre et avide de vivre.

 La période Beatles est d’une extraordinaire fécondité artistique. Soumis à la pression de foules hystériques, le groupe ne trouve d’intimité qu’entre soi et forme une communauté de vie et de création. Peu à peu toutefois, des intérêts divergents s’expriment. Au nombre des raisons qui conduisent à l’éclatement du groupe en 1970 se trouve la frustration de George, dont peu de chansons sont acceptées. Des dizaines de titres inédits serviront de base à sa carrière en solo.

 Qualifié de « Beatle tranquille », s’exprimant d’une voix douce laissant le temps à la réflexion, George Harrison allait aussi au bout de ses passions. Il passa des jours à réciter les mantras de Hare Krishna, apprit la musique indienne aux côtés de Ravi Shankar, initia le premier concert mondial humanitaire (concert pour le Bangladesh en 1971), s’enthousiasma pour la course automobile avec Jackie Stewart, produisit les films des Monty Python, acheta un grand manoir néogothique en ruines, Friar Park à Henley (en amont de Londres sur la Tamise) le restaura, y installa un studio d’enregistrement et se révéla un paysagiste talentueux.

 Ce qui se dégage du film, c’est la capacité de George Harrison à se faire des amis et à les conserver. Ringo Star raconte la visite qu’il lui avait rendue dans la clinique en Suisse où il était hospitalisé, dans les derniers mois de sa maladie. Il avait pris congé, car il devait se rendre à Boston pour rencontrer sa fille, elle-même soignée pour un cancer. « Veux-tu que je t’accompagne ? » lui demanda George.