Pays-Bas, un art de vivre

 

En famille à bicyclette

Nous avons eu l’occasion de passer un long week-end aux Pays-Bas. Bien que le pays soit à quelques heures de voiture de Paris ou de Londres, on ressent un profond dépaysement.

 Une jeune femme roule à bonne allure sur une piste cyclable d’Amsterdam, consciente de sa supériorité cyclopédique, indifférente aux piétons et aux automobilistes. Sur sa bicyclette haute, elle emmène ses deux jeunes enfants, l’un devant, l’autre derrière.

 Sur le minuscule perron d’un immeuble sur une artère d’Amsterdam, une jeune femme prend le soleil, indifférente aux regards, ou au contraire flattée de se savoir regardée. Elle joue avec son téléphone portable.

 A Zaandijk, à 20km au nord d’Amsterdam, les moulins à vent se mirent dans la rivière Zaan. Ils sont devenus des objets de culte, soigneusement entretenus comme témoins d’une époque pas si lointaine, lorsque 10.000 moulins pompaient l’eau des polders, broyaient le grain et toutes sortes de matériaux. Aujourd’hui, les éoliennes fournissent une bonne partie de l’électricité du pays, et certains moulins d’autrefois sont encore actifs. Des moulins de Zaandijk se déprend une atmosphère à la fois paisible et industrieuse.

 Dans le parc floral de Keukenhof, un groupe de chanteurs en costumes folkloriques interprète des chansons de marine au son de l’accordéon.

 Photos « transhumances ».

Au coeur de la ville, exposée au soleil et aux regards

Industrieux et tranquilles, les moulins de Zaandijk

Accordéon et chansons de marins au parc floral

Corruption, le nouveau défi des entreprises

La Grande Bretagne s’est dotée en 2010 d’une nouvelle législation contre la corruption, le « Bribery Act ». Le livre de Nick Kochan et Robin Goodyear, « Corruption, the New Corporate Challenge » (corruption, le nouveau défi des entreprises, Palgrave MacMillan 2011) s’adresse aux dirigeants d’entreprise et met en perspective la nouvelle loi.

 La corruption est un phénomène d’ampleur phénoménale. Selon la Banque Mondiale, les paiements de commission atteindraient 1.000 milliards de dollars, soit  plus de 3% de l’économie mondiale. Le pourcentage de ce prélèvement ne cesse de croître.

 Kochan et Goodyear détaillent comment la corruption fausse le marché et détruit les communautés. Ils citent Angel Gurria, Secrétaire Général de l’OCDE : « la corruption est le cancer de la mondialisation ». Ils décrivent la mise en place de législations pour combattre ce fléau, en particulier aux Etats Unis avec le Foreign Corrupt Practises Act de 1977.

 Le Bribery Act britannique définit les délits de « soudoiement » (« bribe ») et de corruption passive (« reception of bribe »). Il innove en instituant une responsabilité pénale des entreprises : elles commettent un crime si elles ne mettent pas en place des procédures efficaces pour prévenir la corruption.

 Les réactions de nombre d’entreprises britanniques, en particulier celles qui vendent dans des pays classés par Transparency International avec un indice de corruption élevé, se sont élevées contre cette loi en faisant valoir qu’elles étaient pénalisées en comparaison de celles qui opèrent dans un contexte législatif plus laxiste tel, selon elles, les entreprises françaises.

 Le livre de Kochan et Goodyear est un ouvrage de management, qui fournit aux dirigeants d’entreprises des points de repère juridiques et de nombreuses études de cas.

Desert Crossings

Desert Crossings

Le Palace Theatre de Watford vient de programmer « Desert Crossings » (traversées du désert), une chorégraphie du Sud-Africain Gregory Magoma sur une musique originale de Steve Marshall.

 Desert Crossings est produite par State of Emergency, une compagnie britannique qui promeut le théâtre africain. L’ambition de Magoma est d’évoquer par la danse l’inexorable dérive des continents au long des temps géologiques, qui sépare par des milliers de kilomètres les côtes de la Namibie et du sud de l’Angleterre, pourtant si semblables. L’aventure humaine, la musique, les corps en mouvement, sont capables de réunir ce que les forces telluriques ont distancié.

 C’est bien de forces telluriques qu’il s’agit au début du spectacle. Les cinq danseurs sont agités de spasmes qui parcourent leurs corps jusqu’au bout des doigts. « Desert Crossings, dit Magoma, crée un voyage au milieu de vastes déserts, des mers et des montagnes et est un paysage où le physique et le métaphysique, le corporel et le spirituel, le céleste et le spirituel, fusionnent.

 La bande sonore crée une atmosphère d’étrangeté : le bruit d’un ruisseau, un ouragan, des murmures, un rythme de batterie, du silence, des battements de pieds. Les danseurs sont comme habités par une force qui vient du fond des millénaires et offrent une performance d’une intensité exceptionnelle.

Une Grande-Bretagne oubliée

 

Un sans abri dans une ville anglaise. Photo The Guardian.

Dans The Guardian du 10 mai, Stephen Bubb, le patron de « The Association of Chief Executives of Voluntary Organisations » (association des patrons des associations de volontaires) tire la sonnette d’alarme : “au milieu de la grande richesse, nous sommes en train de créer une Grande Bretagne oubliée ».

 Stephen Bubb s’inquiète des conséquences des coupes budgétaires sur les populations les plus fragiles : les sans-abris, les victimes de violence domestique, ceux qui ont des problèmes de santé mentale, les gens âgés et seuls, les enfants dans des familles cassées. Il y a l’impact des réductions de dépenses sociales elles-mêmes, pour ceux dont la vie en dépend. Il y a le déficit démocratique dans un contexte où l’Etat central transfère des responsabilités sur des pouvoirs locaux qui sont faibles et ne rendent guère de comptes. Il y a enfin l’évolution des mentalités, avec des nantis (« haves ») qui vivent des vies de plus en plus parallèles à celles des démunis (« have-nots ») au point de ne plus même voir leur existence.

 Dans la même édition du quotidien, le journaliste Randeep Ramesh amplifie la tribune libre de Stephen Bubb. Il cite une étude du Centre National pour la Recherche Sociale sur les attitudes sociales des Britanniques. Plus d’un quart des personnes interrogées pensent que la pauvreté est le résultat de la « paresse » ou d’un « manque de volonté ». Ce chiffre n’était que de 15% au milieu des années quatre-vingt dix.

 Il existe en effet un risque que les « have-nots » soient oubliés. Et, plus radicalement, que nul ne les voie plus, bien qu’ils soient tous les jours sous nos regards.