Churchill, une vie turbulente

Dans « Churchill, an unruly life », livre écrit en 1994 et fréquemment réédité, Norman rose, Professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, offre en 350 pages denses une magistrale biographie de Winston Churchill.

 Le mot « unruly » s’applique principalement à des enfants turbulents et indisciplinés. Si l’on est frappé par la longévité de Churchill, décédé en 1965 à l’âge de 91 ans malgré une vie éreintante et l’abus de bonne chère, de Cherry et de cigares, on ne peut manquer aussi de remarquer son côté « enfant gâté ». Fils d’un homme politique jamais satisfait des performances de son fils et tôt englouti par la déchéance de la syphilis, et d’une femme du monde affectueuse mais absente, placé enfant dans des internats régis par la contrainte, il resta toute sa vie un gamin capricieux. En premier lieu épris de sa propre personne, imposant sa volonté à tous en toutes circonstances, d’humeur et d’opinions changeantes, capable de terribles colères, menant grand train, incapable de diriger une réunion selon l’agenda établi, il fut tout au long de sa vie considéré comme un politicien peu fiable, au jugement incertain et incapable de travailler collectivement. Continuer la lecture de « Churchill, une vie turbulente »

Chrysis

Dans Chrysis (Cherche Midi, 2013), Jim Fergus raconte l’histoire d’amour entre une artiste peintre, Gabrielle « Chrysis » Jungbluth et un cowboy du Colorado, Bogey Lambert, à Paris entre 1926 et 1929.

 Bogey est fils d’agriculteurs, excellent cavalier, boxeur redoutable. Dans l’attente d’un navire qui l’emmène, lui et son cheval, sur les champs de bataille de la Grande Guerre, il exerce le métier de videur dans un bordel new-yorkais. Blessé sur le front, hospitalisé et rééduqué pendant de longs mois en Ecosse, il vient à Paris, écrit des histoires de guerre qu’il ne publie pas et devient barman dans une maison close. Continuer la lecture de « Chrysis »

Musicophilia

Dans Musicophilia, le neurologue Oliver Saks explore, selon de multiples angles d’approche, les relations qui existent entre le cerveau et la musique.

 « Transhumances » a récemment publié une note de lecture du livre de Pierre Lemarquis « Sérénade pour un cerveau musicien ». L’ouvrage d’Oliver Saks a un parti-pris davantage scientifique : l’apparat critique (notes et bibliographie) occupe un bon tiers du volume. Mais il fait la part belle à des expériences de patients, y compris les siennes propres en tant que sujet à des hallucinations médicales. Cela donne à son livre une exceptionnelle épaisseur humaine. Il touche aussi à des interrogations philosophiques : que reste-t-il du « soi » lorsqu’une maladie dégénérative du cerveau ôte la mémoire d’événements survenus il y a seulement quelques secondes ? Quelle est la personnalité d’un être que la musique habite de manière obsessionnelle et exclusive ? Continuer la lecture de « Musicophilia »

Sombre dimanche

« Sombre dimanche », de la jeune romancière Alice Zeniter, est la saga d’une famille de Budapest, de la seconde guerre mondiale à la chute du mur de Berlin et à l’entrée de la Hongrie dans l’Union Européenne.

 Ce livre est empreint d’un double désespoir : celui d’une nation qui fut grande du temps de l’Empire Austro-hongrois et qui est réduite à la condition d’un petit pays exposé aux rafales de la grande histoire ; et celui d’une famille, les Mándy, accrochée à la maison construite par l’ancêtre et incapable de s’adapter au monde tel qu’il devient. A sa lecture, on se sent envahi de mélancolie, mais par la magie de la poésie, la tristesse est sublimée et atteint une forme de beauté. Continuer la lecture de « Sombre dimanche »