Faux amis

 

François Hollande et David Cameron assistent à un match de handball pendant les Jeux Olympiques

Les « faux amis » compliquent parfois la compréhension entre collègues ou amis français et britanniques, dans la vie professionnelle comme dans la vie de tous les jours. En voici deux exemples.

 « I appreciate I must pay this fine » ne signifie pas que j’apprécie le fait de devoir payer une amende. Cela veut dire que je comprends, ou que j’admets, que je dois la payer.

 « I am happy to pay this fine » n’est pas l’expression d’un masochiste heureux de payer cette amende. Cela signifie simplement que je suis d’accord pour la payer. Ce n’est pas du bonheur, c’est de la résignation.

 Enfin, si un ami vous dit « I sort of agree with you that you must pay this fine”, cela ne signifie pas qu’il est d’accord sur la nécessité de payer l’amende. Tout est dans le « sort of » : en réalité, il vous déconseille fortement de vous laisser aller à votre première intention, qui était de la payer.

(Photo The Guardian)

L’étang de Cousseau

L'étang de Cousseau

L’étang de Cousseau est une réserve naturelle située entre le lac de Carcans Hourtin et celui de Lacanau.

 J’aime me rendre à l’étang de Cousseau. De Maubuisson, il faut parcourir six kilomètres à bicyclette, puis emprunter à pied un chemin forestier. On débouche sur une clairière. Un « sentier d’interprétation » suit la rive de l’étang. Sur une plateforme d’observation bâtie sur une dune en aplomb de l’étang, une jeune volontaire invite les visiteurs à regarder les oiseaux par une longue vue. Elle m’explique qu’un travail considérable a été accompli pour rendre au site l’aspect qu’il avait avant les travaux de reboisement des deux derniers siècles. Les arbres ont été abattus, on a construit des canaux d’irrigation qui rendent une grande surface inondable en hiver et on a réintroduit des vaches marines, dont la race était pratiquement éteinte. En quelque sorte, on a reconstitué artificiellement l’écosystème qui existait ici il y a deux cents ans.

 Je me laisse pénétrer par le calme de ce lieu enchanteur. Je reviens doucement vers la clairière. Une autre volontaire propose des activités. Parmi celles-ci, je choisis d’explorer le sol à la découverte des insectes. Equipé d’une simple loupe, c’est un petit monde qui apparait sous mes yeux, un monde que l’on ne prend guère le temps de contempler. Ma guide est une enthousiaste des insectes. Une petite guêpe se pose sur son bras : le risque d’être piquée pèse peu par rapport au plaisir de regarder attentivement cette petite chose vivante, si belle et si complexe. Emerveillée, elle découvre dans l’herbe un « rhinocéros », gros coléoptère noir qu’elle se promet d’ajouter à sa collection.

L’écosystème de l’étang de Cousseau est fragile. Un gigantesque incendie de forêt près de Lacanau, à quelques kilomètres, dégage une fumée sombre et une odeur de brûlé perceptible jusque de notre maison. L’effort consenti pour préserver cet espace naturel et communiquer sur l’importance de sa préservation est un bien précieux.

Maubuisson

Sur la plage de Carcans

La station de Carcans Maubuisson, en Gironde, est le lieu de nos vacances depuis une quinzaine d’années.

 En ce mois d’août, nous sommes une dizaine à vivre dans notre maison, appartenant à trois générations, de 26 à 86 ans.

 La journée commence par la boulangerie. Tôt le matin, on n’y rencontre pratiquement que des hommes venus acheter baguettes et croissants. Ma nièce Camille pense que c’est leur unique contribution à la communauté familiale, et qu’ils se dédouanent ainsi de leur parasitisme ! Au bout de la rue commerçante, sur la Place du Pôle, se trouve le marchand de journaux. Si Sud-Ouest est déjà sur les rayons, il faut invariablement patienter pour acheter Le Monde et bavarder patiemment avec d’autres lève-tôt. Je reviens à la maison par la promenade du lac. Le soleil levant, les nuages, la brume, le vent ou son absence, donnent au lac un aspect changeant. Chaque matin, c’est un émerveillement.

 Maubuisson est au cœur d’un réseau de pistes cyclables qui courent dans les dunes sous les pinèdes. Selon l’inspiration du moment, on peut aller simplement à la plage, faire un détour par la base sportive de Bombannes, prendre une bière à Lacanau ou flâner sur les rives de l’étang de Cousseau. En fin de journée, le soleil oblique projette des ombres géométriques et les arbres laissent passer une belle lumière tirant sur le rouge. Mais les photos rendent imparfaitement compte des sensations que l’on éprouve. Il faudrait pouvoir rendre compte de l’exquise fragrance de pins et de bruyères émanant d’un sol sableux chauffé à blanc et du concert assourdissant des grillons. Il faudrait montrer la variété des paysages, selon la hauteur et l’orientation des dunes et selon l’état de la forêt, de la haute futaie aux coupes claires. Sur une piste, je croise une famille. Les petits enfants roulent en file impeccable, chacun suivi et conseillé par un adulte. Le grand père ferme la marche ; je crois voir en lui mon propre père escortant ses petits-enfants il y a vingt-cinq ans, immensément sérieux et pourtant souriant. Sur les pistes de Maubuisson, on dépasse de jolies joggeuses et l’on croise de ravissantes cyclistes offrant aux regards leur décolleté.

 De Maubuisson à la plage de Carcans, il n’y a que trois mille tours de pédale à donner. Une fois les bicyclettes cadenassées sur le parking à vélos, on gravit la dune. Au nord et au sud, la bande de sable fin s’étend sur des dizaines de kilomètres, plus de deux cents au total entre la pointe de Grave et Hossegor. Par beau temps, des milliers de baigneurs installent leurs sacs et leurs serviettes. La zone de bains surveillée est délimitée par deux drapeaux bleus et les sauveteurs exercent une vigilance constante : c’est que les courants peuvent être forts et les vagues déconcertantes. Au soir d’une journée de canicule, immerger son corps couvert de sueur, plonger sous les vagues et se sécher allongé sur le sable dans une semi-inconscience offre un moment de vrai bonheur.

 Au soir couchant, nous partageons le dîner sur la terrasse, souvent introduit par un pastis ou un punch. Des propos s’échangent, des plaisanteries se croisent, on parle de la recherche d’un château bordelais pour un mariage l’an prochain, on évoque le livre que l’on est en train de lire. La nuit s’établit peu à peu. On allume sur la table de petites bougies. Les premières étoiles apparaissent au firmament.

 Maubuisson est notre petit coin de paradis.

La Vie Vivante

L’essai de Jean-Claude Guillebaud, « La vie vivante, contre les nouveaux pudibonds » (Les Arènes, 2011) propose une intéressante réflexion sur des mouvements de pensée actuels qui tendent à rêver d’un paradis immatériel affranchi des limites du corps humain.

 En introduction à l’un des chapitres du livre, Guillebaud cite Georges Bernanos : « Le malheur et l’opprobre du monde moderne, qui s’affirme si drôlement matérialiste, c’est qu’il désincarne tout, qu’il recommence à rebours le mystère de l’incarnation » (Nous autres Français, 1939). Trois quarts de siècles plus tard, cete analyse semble plus pertinente que jamais.

 Jean-Claude Guillebaud évoque l’apparition, en moins d’une génération, d’un sixième continent, celui de l’immatériel. L’informatique et Internet nous ouvrent un monde nouveau dont les vertus son la profusion, la liberté, la mobilité et la gratuité. Mais ce nouveau continent s’avère aussi excessivement pauvre, parce qu’il tend à ramener l’homme à une dimension numérique : seul ce qui se mesure a le droit d’exister. « La vie vivante » tend à être peu à peu vidée de son sens. La vie vivante, c’est celle que mènent les êtres humains lorsqu’ils entrent en interaction les uns avec les autres sans qu’entrent en ligne de compte une quantification de la valeur de leurs relations.

 La vie vivante a partie liée avec le corps humain, « ses odeurs, ses sueurs, ses écoulements, ses plaisirs ou ses imperfections, tout ce qu’Arthur Rimbaud dans le Bateau Ivre appelait « les rousseurs amères de l’amour ». Guillebaud critique la pudibonderie de courants de pensée actuels qui prétendent s’affranchir du corps. C’est le cas des « Gender Studies », qui, partant de la dénonciation de la domination masculine, en sont venues dans leur expression la plus radicale, à nier les différences entre les sexes et préconiser e remplacement de la grossesse par la gestation dans des utérus artificiels.

 C’est surtout le cas des « technoprophètes » partisans d’un « transhumanisme ». Les promoteurs du manifeste Cyborg (mot composé de cybernétique et d’organisme), par exemple, sont convaincus qu’une hybridation de l’homme et de la machine, permettra aux humains de s’affranchir des pesanteurs de leur espèce et d’en défier les limites. A l’extrême, c’est ni plus ni moins que l’immortalité qui est recherchée. Guillebaud propose un intéressant parallèle avec la Gnose des premiers siècles du Christianisme : comme les gnostiques, les technoprophètes ont le corps en horreur et rêvent d’un monde idéal et angélique seulement accessible aux initiés.

 L’essai de Jean-Claude Guillebaud se présente comme le premier consacré aux nouvelles dominations, après plusieurs livres consacrés aux désarrois contemporains face au grand « dérangement » qui s’opère sous nos yeux. Il conteste l’idée que la marche vers un univers de plus en plus numérique, quantifié et marchand, asservissant tout et tous sur son passage, soit une fatalité inexorable. Il prône une « résistance de l’intérieur ».

 La faiblesse de son essai est un certain manque de fil directeur. Il s’agit visiblement de recherches partielles mises bout à bout à l’occasion d’articles publiés dans des journaux et magazines. Mais l’ouvrage constitue pour moi une mine d’informations sur des courants de pensée que je méconnaissais. Il propose aussi des réflexions stimulantes à un moment où « la pensée de haute mer » fait cruellement défaut.